Note de l’autrice : Ce texte publié dans son entièreté en ligne [1] – écrit à l’occasion d’un symposium au sujet de la notion de « parti » dans le champ politique national – introduit la stratégie du "Parti" politique sous un œil c ontemporain. Le "Parti", comme outil militant, est à oublier. Il amène la professionnalisation du milieu militant qui cristallise la mise en place d'une bureaucratie et d'une classe politique régissante. Elle qui subsiste et gouverne en exploitant le malheur de celles et ceux qui se révoltent pour vivre. – Crabi
Que signifie "s'organiser en parti" du point de vue de la gauche ?
L’organisation en « Parti » est une stratégie basée sur une centralisation de pouvoir, de ressources et de biens. Le pouvoir appartient aux tendances majoritaires au sein du Parti. Les ressources sont amassées et utilisées par ces tendances et pour la subsistance du Parti. Et les biens – locaux, matériaux et journaux – servent à maintenir en vie le Parti. Les partisan.nes du « Parti » donnent à leur comité local une étiquette et une forme qui se réfère à ce qui est décidé en congrès ou en assemblée. Ce parti suit une structure très souvent fédéraliste.
Selon Jean[2] et Monica Charlot[3], ces partis doivent avoir une base électorale. Les campagnes électorales durent plus longtemps favorisant l’émergence de régulation et de structures afin de gérer tout l’électorat et les élus. Les comités de campagne deviennent permanents formant des sections locales avec des idées, un programme et des éléments de langage propres à la section centrale du parti.
Principales fonctions et structure typique d’un Parti
Le parti construit-il son peuple ?
Focus sur les Partis « révolutionnaires » de gauche
L es partis révolutionnaires de gauche prônent et défendent pour la plupart des idées socialistes et communistes. Souhaitant tous l’organisation des « travailleurs » à travers leur propre Parti dirigé par leurs propres militant.es informé.es et éclairé.es.
Conscient.es de la nécessité de l’établissement du socialisme et d’une « phase transitoire ». Elle, toujours différente selon les militant.es, et se basant sur les mêmes textes et théories marxistes.
Ces Partis seraient aussi les instances dirigeantes du peuple favorable (non "contre-révolutionnaire") à la révolution lors de son éruption. Son objectif est de gagner les faveurs du peuple sympathisant lors des assemblées, pour ensuite y siéger et le chapoter. Tandis que la destinée de ses opposant.es n’est pas vraiment précisée.
Beaucoup prennent modèle la « révolution » des Bolchéviks de 1917. C'est-à-dire la prise de pouvoir d’un parti révolutionnaire, par son comité révolutionnaire : une prise de pouvoir martiale et militaire. En attendant, c’est lors de ses congrès, ses assemblées et ses « soviets » que les partis/tendances s’opposent et essaient mutuellement de se dominer (rapport de force).
Alors, lorsque les militant.es d’une tendance en ont l’occasion, iels s’imposent. Parce que pour eux.lles, iels sont les éléments « éclairé.es » et « conscientisé.es » de la « classe ouvrière » : les autres sont des contre-révolutionnaires, ignorant.es et stupides qui mettent en péril tout le "travail accompli".
Alors, oui, ce Parti façonne un idéal pour le peuple. Mais un idéal qui lui est propre. Enfin, il construit son peuple à partir de son idéal.
Quelle place donner à un parti "ouvert", organisé par les libertaires ?
C réer un Parti « anarchiste » et de faire en sorte que la structure soit un outil pour la lutte et non une instance de pouvoir hiérarchique est impossible. Cela a déjà été fait plusieurs fois :
En décembre 1955, la FCL[4] décide de présenter des "candidats révolutionnaires" aux Élections législatives françaises de 1956. Iels feront un score dérisoire. Cette erreur, Georges Fontenis[5] et ses membres la reconnaissent, et elle entraîne de nouveau la scission de plusieurs groupes actifs. Pour Christian Lagant, l'éditeur de la revue Noir et rouge, la FCL était devenu un "parti plus trotskiste que libertaire" qui devait se dissoudre d'elle même après le summum de la participation aux élections législatives.
Similaire à la FCL, la Coordination des Groupes Anarchistes scissionne avec la FA en 2002 pour mettre en place un mécanisme plus "efficace" par majorité. En quelques années apparaissent des combats internes, des guerres de clans, des tendances qui en écrasent d'autres jusqu'à ce que la structure se brise.
Une structure « libre » et anarchiste au sein d’un « Parti », ou d’une organisation s’en rapprochant, ne peut exister. Le Parti est un appareil centralisé et rigide, incompatible avec les préceptes anarchistes, donnant les pouvoirs décisionnels à une minorité "idéale" et où les informations y sont contrôlées et régulées.
Références
[1] https://purpleblack.org/Symposium.md
[2] Politologue français
[3] Historienne franco-britannique, spécialisée dans l'étude de la civilisation britannique
[4] La fédération anarchiste en 1953 devient la "Fédération Communiste Libertaire" par la volonté de quelques centaines de membres. Le nom « Parti communiste anarchiste » était aussi proposé.
[5] Initiateur de la création de la FCL